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Où il est question de nous, terriens, face au semblant de monde qu'on nous a légué et qu'on nous fait

Le numérique : le Graal du monde d’après ?

Rédigé par Laurent Maronneau / 23 janvier 2025

Dans notre société il faut des héros pour marquer l'époque et propager des valeurs dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître. Ces valeurs orientent nos actions et donc nos choix. A chaque époque des héros nous sont imposés par la société : Vercingétorix, Guillaume Tell, Yuri Gagarin, Luke Skywalker, Elon Musk... Je dis imposés, car lorsqu'ils nous sont présentés, nous sommes encore enfants et ne pouvons prendre la distance nécessaire à la critique. Et, malheureusement, cette enfance est parfois prolongée par la magie de la communication politique ou commerciale, jouant sur l'émerveillement du nouveau pour nous faire réagir et souvent adopter ce qui nous est ainsi vendu.

 
« Ces organisations cultivent des monopoles, elles influencent secrètement nos comportements, elles donnent la préférence à certains types d’informations plutôt qu’à d’autres, et elles divulguent secrètement nos informations à d’autres entités.1 »

 

La quête du Graal est un des récits les plus essentiels du Monde Occidental. Elle renvoie à nos espoirs, à nos fantasmes, à une quête de perfection et de mieux-être qui nous pousse au-delà de nos limites : physiques, morales, éthiques, sociales. C’est l’archétype du discours mélioratif qui traverse et anime le monde des nouvelles technologies et plus généralement le marketing, inventé par Edward Bernays, dans les années 1920 aux USA2.

Comment ne pas voir dans les images bien léchées et la narration travaillée autour des personnes « actrices » de la Silicon Valley, des chevaliers arthuriens en quête de leurs graals : le narratif qui les entoure nous vend l’image de personnes exceptionnelles, à la vision prophétique, à la morale pure. Ces récits sont, comme il se doit, mensongers. Ils nous sont présentés après le travail du marketing qui est appliqué à l’histoire réelle de ces personnages, entrepreneurs à succès, milliardaires, nouveaux leaders de l’humanité.

Celui qui trouve le Graal, dans les récits médiévaux, c’est tout d’abord Gauvain, le neveu d’Arthur, son héritier selon les lois pré-chrétiennes de ces contrées. Ici, le lignage est tout, le sang est essentiel, l’héritier accomplit la quête du roi historico-mythique dans une époque trouble (nommée Dark Ages, parce qu’on n’en sait que peu de choses et qu’on a beaucoup projeté nos croyances et fantasmes sur la période), entre la fin de l’emprise de l’empire romain sur une partie de l’île de Bretagne et l’émergence des royaumes saxons, dont Arthur et ses chevaliers subissent les conquêtes, sans parvenir à les repousser.

Deuxième figure de celui qui trouve le Graal, Lancelot. Le chevalier étranger (il arrive de France) qui n’est pas empêtré dans les intrigues de la cour arthurienne (jusqu’à ce qu’il trahisse son roi avec la reine). Il est fort, invincible même. Il représente la force au service de la vertu (c’est un archétype de l’amour courtois, la vertu étant représentée par la femme). Et il portera le fardeau de son amour déloyal et illégal, pour Guenièvre. Avec lui sont célébrés la force, la rigueur de la chevalerie idéale, et l’amour courtois. Cela le mène à un conflit avec Arthur, dont en fin de compte, il est un remplaçant (en tant que chevalier d’élite et dans le lit de la reine). Il tire une certaine légitimité de sa relation avec la reine Guenièvre, face à un roi vieillissant. Lancelot représente une forme d’héritier du royaume. Celui qui a la force de rassembler les alliés contre les saxons.

Troisième figure, Galaad. C’est également la troisième étape de la construction du héros du roman. Celui-ci est plus chrétien et se distingue par sa pureté morale et corporelle (il est vierge). C’est quasiment un pur esprit. Il est, de par cette pureté, invincible et trouvera le Graal après avoir surmonté plusieurs épreuves qui relèvent de la tentation du mal, des femmes et du parjure. Son inflexibilité morale, qui fait également office de puissance physique, a raison des obstacles qui se dressent sur son chemin.

Quatrième figure du héros intemporel : « Muskzosberg ». Ce barbarisme vise à indiquer une figure du héros contemporain comme chevalier de la Tech en armure chatoyante. Traduisons : chef d’entreprise milliardaire dont l’image est parfaitement traitée et vendue par le système du marketing adapté aux réseaux dits sociaux3. Cette image fait travailler notre imaginaire au même titre que les histoires des chevaliers de la table ronde. Nous nous identifions à ces nouveaux héros. Nous écoutons le message qu’ils portent. Nous pouvons même devenir obsédés par l’idée du progrès qu’ils mettent en exergue. Si Gauvain nous parle de la transmission générationnelle ; si Lancelot nous parle de la vie qui continue malgré la vieillesse d’un roi qui se fait remplacer ; si Galaad nous parle de l’idéal chevaleresque qui triomphe des épreuves de la vie par sa foi chrétienne, de quoi nous parlent nos héros contemporains ?

Ces figures fabriquées par les médias numériques et traditionnels (d’autant plus qu’ils en sont propriétaires : Musk possède X, Bezos possède le Washington Post, Zuckerberg se contente de Meta), sont des évocations de la puissance, des possibilités fantasmées de la technologie, du transhumanisme. Il s’agit donc d’un projet que l’on peut à bon droit qualifier de post-chrétien, au vu du manque flagrant de morale ou d’éthique, si ce n’est capitaliste, dans les projets que ces personnes portent ou défendent. Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft (ajoutons Tesla) ne sont aucunement des entreprises éthiques, ou sociales, ou encore altruistes. Mais le marketing les vend sous ces qualificatifs. En effet, à la périphérie, elles ont des activités qui leur servent de vitrine et sont moralement acceptables ou positives, socialement aidantes, ou encore à but non lucratif (par exemple, la fondation Bill-et-Melinda-Gates4). Tout cela n’est possible que parce que leur activité principale, centrale, est capitaliste, c’est-à-dire obligatoirement bénéficiaires. Mais nul ne dégage de bénéfices sans exploiter de la force de travail. Ou, dans le cas des réseaux dits sociaux, par un usage de l’accord que les utilisateurs donnent en acceptant les conditions d’utilisation des applications à la mode, qui entraîne l’exploitation sans limite de leurs données personnelles : tout ce qui est posté et échangé entre particuliers, et aussi tous les contacts de votre smartphone (accaparement que se permet, par exemple, l’application Facebook).

Quel est le Graal après lequel courent ces nouveaux héros ? C’est l’idée d’une nouvelle humanité qui va remplacer celle que nous connaissons encore. Cette humanité neuve est guidée par des nudges5. Ces techniques sont mises en place pour son bien, par des personnes qui pensent bien faire (d’un point de vue social ou capitalistique), mais dont on n’interroge ni les objectifs personnels ou institutionnels (entrepreneuriaux ou gouvernementaux), ni l’idéologie politique. La reprise du schéma chrétien semble évidente, mais l’objectif n’a rien à voir avec la morale chrétienne (ou alors, il s’agit peut-être de la morale capitaliste protestante6). Il s’agit ici de faire plus de bénéfices en encourageant les utilisateurs des réseaux dits sociaux à acheter les produits qui leur sont proposés par les algorithmes ayant exploité leurs données personnelles, qui auront été automatiquement captées au préalable. Du côté gouvernemental, il s’agit de mieux contrôler les foules en incitant les utilisateurs des réseaux dits sociaux à agir dans un sens plutôt qu’un autre comme, par exemple, ne pas rejoindre une contestation en mettant en avant la violence (très locale et très médiatisée) de certains groupes présentés comme « ultras ». Ce qui est jugé excessif est dénigré. Le règne de la médiété est souvent valorisé. Il faut être moyen (médiocre, lisait-on autrefois sur les bulletins de classe). C’est aussi cela l’Ordre tel que le scande le macronisme. Les foules du futur sont composées d’hommes et de femmes moyens, modérés (au double sens de « raisonnables », c’est-à-dire, d’avoir intégré la médiété, de se l’être appropriée, et d’opinion résultant de la modération (c'est-à-dire de l'effacement, donc de l'invisibilisation de ce qui a été publié) sur les réseaux dits sociaux : qu’elle soit effectuée par des équipes de modérateurs, dont le nombre fond ces derniers mois, ou par les « pairs », les autres utilisateurs qui font des remarques jugées éclairantes). X nomme ce nouveau système de modération les Community Notes (les notes de la communauté). Il s’agit de permettre de commenter les publications de chacun en ajoutant du contexte ou des éléments de vérification des faits. C’est une modération de contenu communautaire. Lorsque suffisamment de personnes sont d’accord sur un commentaire (je ne sais pas quel est le seuil de validation) celui-ci est publié. Ce système peut être vertueux, dans un monde idéal avec des agents-contributeurs vertueux (dans le monde de Galaad). Mais de quelle communauté parle-t-on ? Des néo-nazis, des vegans, des vidéastes, des pastafariens ou des créationnistes, des sociologues spécialistes de la cérémonie du thé, des propriétaires de voiture électrique, des militants de tel ou tel homme ou femme politique, ou d’une cause quelconque ? Il peut être difficile d’être exposé, par ses propos, à toute la diversité commentatrice présente sur X (ou sur d’autres réseaux numériques) et dont la prétention est de dire le vrai sur le contenu du message que vous avez partagé. Cela porte un nom : la jungle.

Les réseaux dits sociaux que nous connaissons et, pour certains pratiquons aujourd’hui, ont 22 ans (Facebook est créé en 2003). Mais le principe est plus ancien et si le fonctionnement de publication et d’échange tel que nous le connaissons date de 1997 (sixdegrees et puis friendster et LikedIn en 2002, myspace en 2003, YouTube en 2005, Twitter en 2006, Instagram en 2010, Snapchat en 2011, TikTok en 2016, et bien d’autres moins connus), les prémices remontent à 1978 (les BBS : bulletin board systems). Ces réseaux numériques nous permettent de communiquer, bien qu’imparfaitement du fait de toutes les dérives qui sont constatées journellement sur ces médias. Que provoque le fait de s’exprimer non pas publiquement, c’est-à-dire devant un public7, mais de façon hyper-publique, sur ces plateformes qui font que notre expression n’est plus limitée dans un temps relativement court et facilement oubliée, mais préservée sur le long terme et offerte, non pas à un public, mais aux utilisateurs qui seront menés à vous lire par le truchement d’un algorithme. Vous êtes seuls face à l’entièreté des utilisateurs. Cela dit, il y a des pratiques qui vous protègent modestement : vous faites partie d’un groupe ou de plusieurs groupes. Cela va diminuer la quantité des messages en provenance de tiers, mais en contrepartie, cela favorise l’enfermement dans une bulle informationnelle ou idéologique. En sus, vous êtes abonnés à tel ou tel profil (personne, entreprise, parti politique, syndicat, etc.), ce qui va rediriger vers vous la plupart des messages postés par ces comptes. Mais un autre élément va jouer dans les choix de l’algorithme qui va vous envoyer quantité de messages ne correspondant pas à vos choix de groupe ou d’abonnements. Il s’agit de l’email que vous allez utiliser pour vous connecter la première fois à un réseau dit social. Cet email, à moins que vous ne l’ayez créé uniquement pour cette inscription, a un historique sur internet. Il a laissé des traces (sites demandant la création d’un compte, horaires, durées, fréquence de connexion, etc.) en termes de messagerie ou d’inscription à des sites en créant des comptes (sur des sites de journaux, ou des forums de discussion, etc). Cet historique est répertorié par les bases de données qu’utilisent les algorithmes pour s’informer sur les usages que vous faites d’internet avec cet email et sert donc à orienter certains types de messages (publicitaires, politiques, nudges, désinformation ou simplement publications correspondant à l’historique de votre email).

Avec ces éléments en tête (algorithmes, groupes, abonnements, email), voyons quelle est la conséquence de cette hyper-publicité de notre parole sur les réseaux numériques. Cette exposition sans limite de temps ni de personnes à l’écoute provoque une atomisation de la société, qui est atténuée par les deux éléments indiqués : l’appartenance à des groupes et l’abonnement à des comptes (donc, à des flux de données). Mais cela n’empêche pas l’algorithme de X d’être une arme destruction sociale massive8 en tant qu’il alimente, sans avoir votre consentement explicite, votre fil d’information. Plus encore, David Chavalarias va jusqu’à affirmer que « le choix du réseau social qu’on fait aujourd’hui détermine le régime politique qu’on aura demain9 ». Et en effet, la manière dont nous acceptons d’être associés (ou dans ce cas, dissociés/ré-associés) est fondamentale dans l’orientation politique des populations concernées10.

Nous sommes encore habitués à vivre dans des Etats-nations qui ont des frontières et des limites, des lois propres, des marchés spécifiques et des protections particulières pour leurs ressortissants. On voit déjà, dans les chapelles qui se forment sur les réseaux dits sociaux, les prémices d’une société post-Etat-nation, qui n’est que le reflet du libéralisme économique anti-étatique que désirent les libertariens : disons les libéraux-libertariens. La disparition de l’État est prônée par les libertariens, ou à défaut, sa réduction à la portion congrue que je résume par la fonction de police/justice. Et encore, pas la justice pour le commerce. Pour celle-là, il existe les tribunaux arbitraux, composés de représentants de sociétés privées qui siègent en tant que juges. Les groupes qui se forment sur les réseaux numériques constituent des ensembles de personnes ayant des intérêts communs, que ça soit simplement par passion pour une équipe de foot, ou pour la lutte sociale. Ces groupes ne connaissent pas de frontières. Dans son cycle de romans Terra Ignota11, Ada Palmer imagine que les habitants de la terre sont regroupés dans sept Ruches. Ces ruches n’ont plus grand-chose de territorial et ne sont plus des Etats-nations. Elles regroupent les habitants de la terre (et au-delà) par affinité sociale, idéologique, politique. Par exemple, une des Ruches se nomme Mitsubishi, elle est basée en Indonésie, c’est une démocratie d’actionnaires. Les membres de cette ruche valorisent la propriété foncière. Une autre s’appelle les Utopistes, elle est basée sur la Lune. Ce sont des groupes de travail disparates, des équipes dédiées à des fonctions dans l’organisation du travail ouvrier et de la recherche. Les Européens sont basés à Bruxelles et leur langue est le français. C’est une démocratie parlementaire dite nationale. Cette Ruche accueille ceux qui accordent de la valeur à l’identité ethnique ou nationale, même hors de l’Europe géographique. Les membres de ces ruches ne vivent pas en majorité là où est basée leur Ruche. Ils sont membres de ces Ruches par choix, à leur majorité, où qu’ils vivent. Il n’y a plus d’Etats-nations. Cette organisation sociale et politique imaginaire est une extrapolation possible de ce qui se produit sur les réseaux dits sociaux.

On peut penser que si, de nos jours, le processus de décomposition/recomposition sociale opéré par les réseaux numériques reste limité, c’est parce que nous sommes encore très attachés à nos identités nationales, à nos liens sociaux nationaux ou familiaux ou religieux ou ethniques : ces liens limitent la décomposition/recomposition sociale et politique produite par les réseaux numériques dits sociaux. Et nous constatons que certains de ces liens se renforcent pour une partie de la population, notamment par le fait que les groupes d’intérêts auxquels on peut être inscrit sur les réseaux numériques forment des bulles informationnelles et idéologiques. Par exemple, l’intégrisme religieux prend de la vigueur ces dernières années, au sein de plusieurs religions : la marche pour tous, le génocide à Gaza, les attentats islamistes, les massacres génocidaires de Rohingyas, les massacres et persécutions de musulmans et de chrétiens aux Indes, etc.

Que peut-on faire alors ? La seule façon de se prémunir de la toxicité de ces réseaux numériques est de les quitter. Cela étant dit, ce n’est pas aussi facile à réaliser, car parfois, on a passé des années à construire un réseau « d’amis » ou de militants d’une cause qui nous tient à coeur12. Ou, tout bonnement, on a retrouvé des amis « perdus de vue » avec lesquels c’est le seul lien encore à peu près tangible. Rien qu’avec ces deux exemples il est possible de constater à quel point ce sont des outils conservateurs. Vouloir conserver des amitiés alors qu’on ne rencontre plus les personnes et qu’on n’échange même plus de lettre ou de coup de téléphone avec elles, qu’on ne reçoit plus que des rappels d’anniversaires, en quoi cela nous est-il bénéfique ? Il m’arrive encore de recevoir des alertes m’informant des anniversaires de gens que je ne vois plus, dont je n’ai plus aucune nouvelle non plus et qui ne sont plus dans mes cercles d’amis. Peu me chaut de recevoir ces alertes au sujet de personnes qui ont coupé tout contact. C’est là un exemple bénin de la toxicité de ces réseaux.

Que nous reste-t-il de l’image des héros de la Tech après ces considérations ? Ce sont peut-être des anti-héros. Cela n’aurait rien d’étonnant. En effet, l’anti-héros est depuis longtemps la figure star de l’industrie du cinéma occidental. Si le héros c’est Galaad, il faut bien accepter qu’il est mort depuis des lustres, au profit du justicier sans morale, mais avec un sens aigu de la vengeance (ou dont la seule morale consiste à ne pas laisser impuni un méfait, en employant souvent une force supérieure à celle qui avait été subie par les victimes qu’il venge, comme dans L’Homme des hautes plaines, de Clint Eastwood, en 1973). Mais cette figure de l’anti-héros ne correspond pas au chevalier de la Tech, car ce dernier ne redresse aucun tort ; il ne venge personne. Il ne fait que peaufiner son image dans le but de valoriser son capital (économique et social).

Les alternatives à ces réseaux dit sociaux existent. Elles sont moins toxiques et n’utilisent pas vos données personnelles pour gagner de l’argent en les revendant à des data brokers (courtiers en données). Citons, parmi d’autres, Mastodon ou Plemora pour échanger des messages courts (microbloging), Diaspora pour des messages plus longs, Pixelfed, qui propose plus spécifiquement de partager ses photos13. A chacun de faire ses choix. Sachant qu’un choix éclairé vaut mieux qu’un choix effectué après avoir subit un nudge, dont on n’aura la plupart du temps pas conscience.

 


1 Sara Smyth, professeure agrégée et coordinatrice du Master of Cybersecurity de la faculté de droit de l’université de La Trobe, Melbourne, Australie.

2 Edward Bernays, Propaganda : comment manipuler l’opinion en démocratie (1928), Paris, Zones, 2007.

3 J’use de cette expression pour indiquer de façon lisible que ces réseaux ne sont pas sociaux. Ils sont au mieux asociaux, mais se manifestent surtout comme anti-sociaux. Voir : Thomas Stenger, et Alexandre Coutant, coordinateurs. Ces réseaux numériques dits sociaux. Hermès n° 59, Paris, CNRS Éditions, 2011.

4 A titre d’exemple, voir l’article du Courrier International du 31 janvier 2007 (mis à jour le 15 juin 2022) : PETITS PROBLÈMES D’ÉTHIQUE. Les étranges placements de la Fondation Gates.
https://www.courrierinternational.com/article/2007/02/01/les-etranges-placements-de-la-fondation-gates

5 Le nudge désigne un ensemble d’incitations visant à orienter les choix des usagers-consommateurs. Le nudge est issu de l’économie comportementale. C’est une forme de dressage, une éducation dégradée qui enferme l’individu dans un fatalisme social. Il s’agit d’adapter les utilisateurs (les foules) à un ordre social qui les dépasse, mais qui est voulu par les dirigeants et amené par le haut, en le rendant désirable de façon non-consciente. L’individu tend ainsi à être mis au service du système souhaité par les « leaders d’opinion ». L’objectif est de mener à bien l’achèvement d’une tâche commune nommée « consommation » ; et surtout pas « politique ». Par exemple, inviter à choisir des salades plutôt que des burgers dans une cantine, en plaçant les salades au premier plan, est censé inciter à manger plus équilibré (c’est du placement de produit).

6 Max Weber, L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 2004.

7 S’exprimer devant un public suppose un orateur et un ensemble de personnes capables de l’écouter, comme au théâtre ou lors d’un meeting politique. Ce public est limité en nombre et dans le temps, et il n’existe pas sur les réseaux dits sociaux, hormis lors des live streaming (diffusions en direct) d’émissions diverses.

8 Je pointe X, comme si s’était le seul outil toxique du magasin numérique, mais c’est aussi le cas de ses concurrents : Facebook, Instagram, TikTok, etc.

9 David Chavalarias, 28 minutes, Arté, 15 janvier 2025. Replay : https://www.arte.tv/fr/videos/119476-101-A/28-minutes/
Voir également son ouvrage : Toxic Data : Comment les réseaux manipulent nos opinions, Paris, Flammarion, 2022.

10 Voir à ce sujet le livre édifiant de Christopher Willie au sujet des élections américaines et du Brexit en 2016, Mindfuck : le complot Cambridge Analytica pour s’emparer de nos cerveaux (2019), Paris, Grasset, 2020.

11 Ada Palmer, Terra Ignota (2016-2021), 5 tomes, Clamecy, Belial, 2019-2022.

12 Si vous êtes sur X et hésitez à le quitter, sachez qu’il y a une initiative nommée HelloQuitteX, qui propose un outil permettant de récupérer tous vos contacts et de les exporter vers un réseau numérique respectueux de votre vie privée se nommant Mastodon (il est également possible de migrer ainsi vers Bluesky) : https://helloquittex.com/
Si aucun réseau n’est parfait, cependant, ceux qui respectent votre vie privée n’usent pas d’algorithmes pour aller glaner des informations sur vous et vous envoyer des messages « adaptés » ou donnant plus de poids à des messages correspondant à des thématiques sélectionnées par les programmeurs de ces algorithmes. Vous lirez avec profit la FAQ (Frequently Asked Questions, les questions fréquemment posées) de HelloQuitteX.

13 Pour Mastodon, vous pouvez lire ce guide : https://jardin.louisderrac.com/?guide-mastodon
Pour Plemora, voyez la présentation de Framasoft : https://framalibre.org/notices/pleroma.html
Pour Diaspora, un guide très complet : https://fr.wikibooks.org/wiki/Diaspora_:_Le_guide_du_parfait_d%C3%A9butant
Et pour Pixelfed, une présentation de l’instance française : https://pixelfed.fr/site/about